Métiers du fer Extrait du chapitre V
Armuriers, heaumiers, arquebusiers, arbalétriers - éperonniers - horlogers - forgerons, fondeurs, fourbisseurs - épingliers - serruriers
Ce nom, aujourd'hui absolument détourné de son sens primitif, signifiait autrefois le fabricant d'armures, le heaumier faisant les « harnois de guerre » dont la pièce principale était le heaume. L'industrie de l'armurier était défensive ; il confectionnait des armes de protection, au lieu que l'arquebusier fournissait les éléments d'attaque en fabriquant des arcs, des arquebuses, et plus tard des « pistoulets » et des fusils. Dès le principe, les heaumiers furent plutôt des metteurs en train d'éléments divers que non pas des batteurs de fer spéciaux. Au temps de Guillaume le Conquérant, le heaume se composait d'une chemise de cuir sur laquelle on attachait des mailles ou annelets de fer côte à côte, de manière à en former une tunique loriquée, capable de résister aux coups de tailloir des épées et d'empêcher la pénétration des lances. La seule partie du costume guerrier toute forgée était le pot, sorte de casque triangulaire avec nasal proteceur, qui s'obtenait par des raccords cloués, ou d'une seule venue. Nous voyons de nos jours un duel entre la conception offensive et la conception défensive dans les armées de terre ou de mer. Un inventeur imagine-t-il un canon perforant les blocs de cuivre, un autre lui oppose immédiatement des armures d'acier impénétrables. Cette douce folie n'est pas d'hier et paraît devoir durer longtemps encore. Au temps qui nous occupe, les armuriers étaient les vrais ennemis des arquebusiers. A la force des épées, au taillant des haches, ils offraient des poitrinaux solides, des casques formidables, des cuissards admirablement combinés. Peu à peu ils en vinrent à couvrir le chevalier d'un habit ferré, articulé, jouant aux coudes et aux jarrets à la façon des queues d'écrevisse. Mais, quoi qu'on en ait pu dire, le chevalier armé de toutes pièces n'était pas là dedans comme dans sa peau ; il se mouvait péniblement, ne pouvait courir, s'incliner en avant ; c'était bien réellement une masse qui, une fois tombée, devenait la proie des metteurs à rançon. Les armes à feu portèrent un rude coup aux armuriers ; leurs produits n'étant pas à l'épreuve des balles devinrent un peu choses de luxe. Au temps de François Ier et Henri II les cuirasses furent de véritables et merveilleux objets d'art, dont l'utilité immédiate était bien contestable. Petit à petit, morceau par morceau, les pièces ferrées s'en allèrent, si bien qu'au milieu du XVIIIe siècle, la cuirasse demeurait seule dans certains régiments à cheval... (Retour)
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